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 Bulletins techniques
août 2010

C'est l'essence même!

Par Clément Caron ing., IAAI-CFI, Vice-président, Est du Canada,

L'essence, parfois appelée gazoline, est un combustible si commun et si populaire que nous en venons à oublier le danger qu'elle représente, tout comme plusieurs autres solvants ou liquides combustibles que nous utilisons couramment.

Les vapeurs d'essence, qui sont plus lourdes que l'air ambiant, peuvent voyager au niveau du sol et être allumées à plusieurs mètres de distance. C'est pourquoi il faut toujours tenir les contenants d'essence à bonne distance des sources d'allumage.

La plage d'inflammabilité de ce carburant se situe entre 1,4 % et 7,6 %, exprimé en pourcentage de volume de gaz ou de vapeurs par rapport au volume d'air ambiant. Il est à noter, lorsque la température ou la pression augmente, que la limite inférieure diminue et la limite supérieure augmente. Le risque d'incendie ou d'explosion devient alors plus grand.

Figure 1 : Cocktail Molotov

L'essence est également mauvais conducteur d'électricité. Par conséquent, ce liquide accumule des charges électriques lorsqu'il circule dans un conduit ou un boyau. Cette charge électrique ne se disperse que très lentement. Elle pourra donc être communiquée au réservoir dans lequel est transvidé le liquide. Si cette charge électrique en se déchargeant émet une étincelle, les vapeurs présentes peuvent alors être allumées. Par contre, pour que l'explosion à l'allumage se produise, l'étincelle doit normalement se créer près de l'ouverture du réservoir, à l'endroit où les vapeurs sont dans la plage d'inflammabilité, soit entre 1,4 % et 7,6 %, comme expliqué plus tôt.

Toujours à ce sujet, il est dangereux d'entrer et de ressortir de son véhicule lorsqu'on effectue le plein de carburant. En effet, il y aurait alors risque d'accumulation de charges électro statiques sur les vêtements et le corps. Dans l'éventualité où la décharge électro statique se produirait à proximité de l'ouverture du réservoir d'essence, il y aurait alors risque d'allumage des vapeurs.

On entend parfois dire que l'énergie contenue dans un litre d'essence représente une force explosive équivalente à plusieurs bâtons de dynamite.

Cette affirmation n'est pas tout à fait juste. En termes d'énergie, un kilo de dynamite est à peu près équivalent à deux litres d'essence. Par contre, en termes de puissance (la puissance est l'énergie divisée par le temps, soit des joules/secondes), il en va tout autrement.

En effet, les vapeurs d'essence non confinées ont tendance à exploser et non à détoner, c'est-à-dire que le front d'ondes de l'explosion de cette vapeur se déplace généralement à une vitesse inférieure à celle du son. Alors que pour la dynamite, il y a détonation, c'est-à-dire que le front d'ondes dépasse la vitesse du son pour une même quantité d'énergie, engendrant une réaction rapide et plus puissante. Dans ce cas, pour comparer en puissance, un bâton de dynamite pourrait être l'équivalent d'environ 30 litres d'essence, soit un demiréservoir d'automobile. Il va sans dire que dans tous les cas, ceci représente toujours une puissance considérable...

Chez CEP, nous avons eu la chance d'investiguer plusieurs explosions impliquant de l'essence. Dans la majorité des cas, ce produit avait été déversé en grande quantité sur le sol, soit de façon intentionnelle ou accidentelle, dans un espace fermé. L'explosion était parfois suffisante pour déplacer les bâtiments de leurs fondations ou faire voler en éclats les murs, en projetant des blocs de béton ou des cadres de fenêtres à plusieurs dizaines de mètres !

L'essence est un produit complexe, formé de plusieurs ingrédients, dont la " recette ", pour les manufacturiers, varie en fonction des saisons. Ainsi, bien que les méthodes modernes de détection et d'analyse à l'aide de chromatographies en phase gazeuse permettent d'identifier facilement la présence d'essence, il en va tout autrement de l'identification de la pétrolière ayant produit l'essence en question. En effet, la chaleur de l'incendie et les combustibles environnants, de même que l'évaporation qui suit l'incendie, altèrent ce carburant de telle façon qu'il devient alors difficile, sinon impossible, de le relier à un fabricant donné.

En terminant, voici quelques recommandations de sécurité en ce qui concerne la manipulation de l'essence :

  • Ne pas utiliser ni entreposer l'essence à proximité de sources de chaleur ou susceptibles de générer des étincelles ;
  • Entreposer l'essence à l'extérieur de votre résidence, dans un contenant fermé et hermétique prévu à cet effet ;
  • Ne jamais entreposer de l'essence dans des contenants en verre ou de plastique non réutilisables, tels des bidons de lave-glace ;
  • Ne jamais utiliser l'essence comme solvant pour le nettoyage ;
  • Ne jamais utiliser l'essence à la place du liquide allume-barbecue ;
  • Éviter d'entrer et de ressortir de votre véhicule lorsque vous faites le plein d'essence. Il y a en effet un faible risque d'accumulation de charges électrostatiques qui pourraient produire une petite étincelle et déclencher un incendie ;
  • Lorsque vous remplissez des contenants d'essence, placez-les sur le sol. Ne jamais remplir un bidon qui se trouverait dans une camionnette ou un autre véhicule. En effet, il y aurait alors aussi un risque d'accumulation de charges électrostatiques.